Mardi 8 juin 2 08 /06 /Juin 18:18

Le Moyen Age chrétien : figures du diable et du merveilleux et traitement de l'altérité


Le Moyen Age chrétien fut une période de repli, non pas un repli d'ordre physique puisqu'il était relativement ouvert aux influences commerciales et aux expéditions guerrières, mais un repli d'ordre intellectuel. Sa curiosité s'investissait ailleurs que dans le recensement du réel et dans l'ouverture sur les autres cultures.  Le Moyen Age était un théocentrisme en retrait des réalités profanes, ouvert à l'ésotérisme, au merveilleux  et subjugué par les figures du monstre et du diable.

Mais ce dédain pour le monde profane ne doit en aucun cas être interprété comme une marque d'irrationalité de cette période. Si l'on admet que la raison d'aujourd'hui n'est pas la raison d'hier, l'imaginaire caractéristique du Moyen Age occidental doit être analysé dans les termes de ce qu'il a représenté pour ses contemporains, à savoir un ensemble de représentations organisé autour des trois figures du merveilleux, du magique et du miraculeux. L'imaginaire du Moyen Age représentait à la fois un moyen de connaissance de la nature et une définition de l'homme et de ses rapports avec Dieu.
Ainsi en était-il de cette création fabuleuse de l'époque, les monstres. Appartenant au monde du merveilleux, ces derniers ne participaient pas moins du monde naturel. L'imaginaire constitué autour du monstre était considéré par les hommes du Moyen Age comme une réalité, une réalité certes cachées, mais une réalité quand même. Il était un moyen d'élargir la connaissance du monde profane, une façon de mieux connaître l'univers. En effet, la figure du monstre permettait non seulement de mieux explorer ce qui est dans la nature, de fixer les limites entre ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas, mais elle donnait des moyens à l'homme de mieux se connaître. La figure du monstre était là pour rappeler que l'homme est fait à l'image de Dieu. Le monstre était alors une sorte de miroir dans lequel l'homme pouvait d'une part, mesurer l'étendue de la nature et de la toute puissance de Dieu et, de l'autre part, se rappeler ce qu'il ne doit jamais être. Le monstre était un instrument de connaissance qui dessinait une frontière entre le dedans et le dehors, Dieu et le diable, le Chrétien et l'infidèle.

Il n'est dès lors pas extraordinaire de constater qu'une partie de la représentation que se faisaient les gens du Moyen Age de l'infidèle musulman se sont traduites dans les figures du monstres. Les sculptures romanes, par exemple, les peintures murales ou de vitrail dans les églises mettaient en perspective le Sarrasin - comme on nommait à l'époque l'Arabo-Andalou et par extension l'ensemble des musulmans - sous les traits de monstres comme le dragon de l'Apocalypse ou d'animaux dont l'image la plus représentée reste celle du singe. Parce qu'il est à la fois un monstre et une caricature de l'homme, le singe a en effet constitué pour l'homme du Moyen Age, l'expression la plus aboutie de la qualité d'être hybride si fondamentale dans l'imaginaire de l'époque. Vers le 13eme siècle, l'utilisation de la couleur noire devient prépondérante dans les représentations du Sarrasin. Ce moyen consistait à montrer que si l'ennemi pouvait avoir forme humaine, il ne pouvait en aucun cas être rapporté au Chrétien dont la blancheur le situe au-delà de toute déchéance.

Sarrasin vient de Sarah, femme d'Abraham et personnage biblique, dont on fit l'ancêtre des Arabes.

Voici une société, la société arabo-musulmane, avec laquelle le Moyen age occidental entretenait pourtant de multiples relations et qui était à maints égards plus avancée, mais qu'il a néanmoins perçu essentiellement à travers la figure de l'exclusion, celle du monstre. Le Sarrasin, comme le monstre ou le diable, constituait pour l'homme du Moyen Age un miroir insoutenable, il était le démenti vivant de sa propre image de celle de son Dieu.
Plus généralement, c'étaient le dogme et la scolastique (= école visant à concilier la philosophie antique (particulièrement l'enseignement de la philosophie première d'Aristote) avec la théologie chrétienne ) chrétiennes qui guidaient à cette époque l'appréhension et l'interprétation des autres civilisations, et plus particulièrement de la civilisation arabo-islamique voisine. L'intérêt intellectuel du Moyen Age pour cette société fut ainsi des plus réduits. Obnubilé qu'il était par le dogme ecclésiastique (qui appartient à l'Eglise), il ne voyait dans l'Islam qu'une grande hérésie et une imposture religieuse.

Les croisades, ce phénomène historique qui constitua en quelque sorte la réponse différée de l'Occident aux conquêtes arabes, ne représentèrent pas non plu l'occasion d'un échange culturel entre le Moyen Age chrétien et le Moyen Age musulman. Sans méconnaître la sincérité et la force de la foi qui animaient une partie des Croisés, l'intérêt prédominant dans les expéditions, et plus tard dans la constitution des Etats latins en Terre sainte, fut la rapine (pillage) et l'intrigue politique. L'absence presque totale chez les Croisés de curiosité intellectuelle pour une civilisation dans laquelle œuvraient ensemble des musulmans, des juifs et des chrétiens, ne força guère l'admiration des Orientaux pour ces Francs qu'ils avaient tendance à confondre avec des barbares.
Le Moyen Age chrétien : figures du diable et du merveilleux et traitement de l'altérité


Le Moyen Age chrétien fut une période de repli, non pas un repli d'ordre physique puisqu'il était relativement ouvert aux influences commerciales et aux expéditions guerrières, mais un repli d'ordre intellectuel. Sa curiosité s'investissait ailleurs que dans le recensement du réel et dans l'ouverture sur les autres cultures.  Le Moyen Age était un théocentrisme en retrait des réalités profanes, ouvert à l'ésotérisme, au merveilleux  et subjugué par les figures du monstre et du diable.

Mais ce dédain pour le monde profane ne doit en aucun cas être interprété comme une marque d'irrationalité de cette période. Si l'on admet que la raison d'aujourd'hui n'est pas la raison d'hier, l'imaginaire caractéristique du Moyen Age occidental doit être analysé dans les termes de ce qu'il a représenté pour ses contemporains, à savoir un ensemble de représentations organisé autour des trois figures du merveilleux, du magique et du miraculeux. L'imaginaire du Moyen Age représentait à la fois un moyen de connaissance de la nature et une définition de l'homme et de ses rapports avec Dieu.
Ainsi en était-il de cette création fabuleuse de l'époque, les monstres. Appartenant au monde du merveilleux, ces derniers ne participaient pas moins du monde naturel. L'imaginaire constitué autour du monstre était considéré par les hommes du Moyen Age comme une réalité, une réalité certes cachées, mais une réalité quand même. Il était un moyen d'élargir la connaissance du monde profane, une façon de mieux connaître l'univers. En effet, la figure du monstre permettait non seulement de mieux explorer ce qui est dans la nature, de fixer les limites entre ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas, mais elle donnait des moyens à l'homme de mieux se connaître. La figure du monstre était là pour rappeler que l'homme est fait à l'image de Dieu. Le monstre était alors une sorte de miroir dans lequel l'homme pouvait d'une part, mesurer l'étendue de la nature et de la toute puissance de Dieu et, de l'autre part, se rappeler ce qu'il ne doit jamais être. Le monstre était un instrument de connaissance qui dessinait une frontière entre le dedans et le dehors, Dieu et le diable, le Chrétien et l'infidèle.

Il n'est dès lors pas extraordinaire de constater qu'une partie de la représentation que se faisaient les gens du Moyen Age de l'infidèle musulman se sont traduites dans les figures du monstres. Les sculptures romanes, par exemple, les peintures murales ou de vitrail dans les églises mettaient en perspective le Sarrasin - comme on nommait à l'époque l'Arabo-Andalou et par extension l'ensemble des musulmans - sous les traits de monstres comme le dragon de l'Apocalypse ou d'animaux dont l'image la plus représentée reste celle du singe. Parce qu'il est à la fois un monstre et une caricature de l'homme, le singe a en effet constitué pour l'homme du Moyen Age, l'expression la plus aboutie de la qualité d'être hybride si fondamentale dans l'imaginaire de l'époque. Vers le 13eme siècle, l'utilisation de la couleur noire devient prépondérante dans les représentations du Sarrasin. Ce moyen consistait à montrer que si l'ennemi pouvait avoir forme humaine, il ne pouvait en aucun cas être rapporté au Chrétien dont la blancheur le situe au-delà de toute déchéance.

Sarrasin vient de Sarah, femme d'Abraham et personnage biblique, dont on fit l'ancêtre des Arabes.

Voici une société, la société arabo-musulmane, avec laquelle le Moyen age occidental entretenait pourtant de multiples relations et qui était à maints égards plus avancée, mais qu'il a néanmoins perçu essentiellement à travers la figure de l'exclusion, celle du monstre. Le Sarrasin, comme le monstre ou le diable, constituait pour l'homme du Moyen Age un miroir insoutenable, il était le démenti vivant de sa propre image de celle de son Dieu.
Plus généralement, c'étaient le dogme et la scolastique (= école visant à concilier la philosophie antique (particulièrement l'enseignement de la philosophie première d'Aristote) avec la théologie chrétienne ) chrétiennes qui guidaient à cette époque l'appréhension et l'interprétation des autres civilisations, et plus particulièrement de la civilisation arabo-islamique voisine. L'intérêt intellectuel du Moyen Age pour cette société fut ainsi des plus réduits. Obnubilé qu'il était par le dogme ecclésiastique (qui appartient à l'Eglise), il ne voyait dans l'Islam qu'une grande hérésie et une imposture religieuse.

Les croisades, ce phénomène historique qui constitua en quelque sorte la réponse différée de l'Occident aux conquêtes arabes, ne représentèrent pas non plu l'occasion d'un échange culturel entre le Moyen Age chrétien et le Moyen Age musulman. Sans méconnaître la sincérité et la force de la foi qui animaient une partie des Croisés, l'intérêt prédominant dans les expéditions, et plus tard dans la constitution des Etats latins en Terre sainte, fut la rapine (pillage) et l'intrigue politique. L'absence presque totale chez les Croisés de curiosité intellectuelle pour une civilisation dans laquelle œuvraient ensemble des musulmans, des juifs et des chrétiens, ne força guère l'admiration des Orientaux pour ces Francs qu'ils avaient tendance à confondre avec des barbares.

Publié dans : anthropologie
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